Si l’IA peut te remplacer, ton problème n’est pas l’IA.

Soweto, avec Victony, Rema et Don Toliver : derrière le morceau, 1 guitare et des années de pratique. L’écart entre les goûts et les compétences, avec la guitare originale pour passer à la pratique.

Tu veux vivre de ta musique ?

Tu veux placer chez les plus gros artistes ?

Tu veux être libre ?

Mais si tes morceaux ressemblent à ceux de tout le monde, pourquoi un artiste viendrait-il chercher les tiens ?

L’IA rend cette question impossible à éviter. C’est aussi une raison de prendre ton son au sérieux : comprendre ce qui te ressemble, et développer les compétences pour le faire entendre.

« Si un autre l’a fait, pourquoi pas moi ? »

Je me posais la même question. J’aimais une musique, j’entendais ce qui me plaisait et je pensais pouvoir en faire autant. Puis j’ai commencé à m’enregistrer.

Plus tard, j’ai utilisé une pédale JamMan pour construire des boucles de guitare. J’enregistrais une suite d’accords, puis j’ajoutais une mélodie par-dessus. Je pouvais m’écouter, recommencer et modifier ce que je venais de jouer, immédiatement.

Le choc venait de la réécoute. Ce que j’entendais n’était pas ce que j’avais ressenti en jouant. Dans ma tête, l’idée fonctionnait. Dans l’enregistrement, je pouvais enfin entendre ce qui ne fonctionnait pas.

Tes goûts ne sont pas tes compétences. L’enregistrement te montre la différence.

Tu peux reconnaître une mélodie qui te touche sans savoir en composer une. Entendre qu’une guitare accompagne parfaitement une voix sans savoir quoi jouer pour lui laisser cette place. Aimer le résultat ne te donne pas encore les moyens de le produire.

Quand tu regardes ton producteur préféré faire un morceau, tu vois ses décisions. Tu ne vois pas toutes les fois où il a dû les apprendre. Il trouve un rythme, retire une note, change un son. Ça semble évident parce qu’il ne s’arrête plus sur chaque geste.

On appelle ça du naturel, de l’instinct, de l’inspiration. Ces mots décrivent ce que tu vois. Ils n’expliquent pas le travail qui l’a rendu possible.

La facilité avec laquelle quelqu’un crée ne mesure pas la facilité d’apprendre à le faire.

Si tu confonds les 2, tu vises son résultat sans identifier tes besoins. Tu regardes un autre tutoriel, achètes un autre instrument, essaies un autre logiciel. Mais si ton problème est de composer une mélodie, apprendre un nouvel effet ne le résout pas.

L’IA rend cet écart plus visible. Un outil peut générer de la musique sans que son utilisateur ait acquis les compétences nécessaires pour la jouer, l’arranger ou comprendre pourquoi elle fonctionne.

Générer davantage de musique ne crée pas davantage de temps pour l’écouter. Les morceaux peuvent se multiplier. Une journée reste une journée.

Dans cette abondance, avoir accès à un outil ne suffit pas à donner envie d’écouter ce que tu fais. Ce qui devient décisif, c’est ce que tu choisis d’en faire : ton son, ton interprétation, ta manière de construire un morceau.

L’IA te donne encore plus de raisons de devenir irremplaçable. Pas parce qu’un son serait impossible à imiter. Parce que reproduire un résultat et être la personne capable de le créer, de l’expliquer et de le faire évoluer sont 2 choses différentes.

Ce qui m’intéresse dans une guitare, ce n’est pas seulement la suite de notes. C’est l’attaque, le placement, la dynamique. La façon dont une phrase est jouée, avec ses irrégularités. C’est ce que j’appelle l’âme d’une prise.

Pour moi, la valeur d’un enregistrement humain tient aussi à son origine : quelqu’un a joué, écouté et pris ces décisions. Même une imitation convaincante ne change pas cette origine.

L’IA te donne encore plus de raisons de développer un son qui te ressemble.

Circle est un exemple concret de ces choix. Une guitare simple, issue d’années de pratique, d’une habitude de jeu et d’un changement d’accordage.

Ce que tu n’entends pas derrière 4 accords

J’ai commencé la guitare à 9 ans. Quand j’ai commencé à distribuer mes guitares à 25 ans, cela faisait environ 16 ans que je jouais et déjà des années que je construisais des idées avec des boucles.

Je pratiquais seul, mais aussi en groupe. J’écoutais les autres pendant que je jouais. Mon accompagnement changeait avec eux. En concert, les conditions techniques m’obligeaient aussi à réagir sur le moment.

Avec la JamMan, le travail était différent : enregistrer, superposer, réécouter, corriger. Sans le nommer, je travaillais mon jeu, mon écoute, la composition et l’arrangement.

Ces heures avaient un contenu : écouter un partenaire, reprendre une prise, entendre une erreur que je n’avais pas perçue en jouant. Le nombre d’années ne dit pas, à lui seul, ce que cette pratique a développé.

Dans une étude menée pendant 3 ans auprès de 157 jeunes instrumentistes, Gary McPherson examine notamment le rôle des stratégies de travail dans le développement musical. Le temps passé ne raconte pas à lui seul comment tu apprends. Lire l’étude.

Il n’existe pas un compteur universel qui te donne une signature à 6 000 ou 10 000 heures. La question utile est : qu’est-ce que tes heures de pratique te permettent de faire aujourd’hui ?

Avec l’apprentissage, certains gestes familiers demandent moins de contrôle conscient. Tu peux consacrer davantage d’attention à ce que tu veux faire entendre. C’est une dimension étudiée dans l’apprentissage moteur.

Malgré ces années de pratique, il me restait une leçon essentielle à apprendre pour produire : savoir en faire moins.

J’ai remarqué que les guitares utilisées dans mes plus grands morceaux étaient souvent parmi les plus simples que j’avais enregistrées. Pas celles où je montrais le plus de technique. Celles qui donnaient immédiatement envie de créer dessus.

Savoir jouer davantage ne veut pas dire que le morceau en a besoin.

En 2021, je préparais un ensemble de guitares dans ma chambre. J’ai descendu la corde grave de ma Gretsch de mi à ré. Cette habitude venait de mes années en groupe, avec des guitares plus saturées. Ici, elle m’a donné accès à d’autres positions et j’ai trouvé le motif de Circle.

1 seule piste. 4 accords. Un motif répétitif.

CircleGRAUX
Loading Circle audio

Je n’avais pas changé d’instrument. J’avais changé une condition de jeu. Les acquis étaient là ; je pouvais écouter ce que cette contrainte faisait apparaître et choisir de garder quelque chose de simple.

Sans ce changement d’accordage, je n’aurais pas trouvé cette guitare-là. Une expérience ancienne avait trouvé un autre usage.

Je commençais à me faire connaître pour mes guitares et je les proposais sur ma plateforme dans le cadre Royalty-Fair. C’est par cette plateforme que Tempoe a obtenu Circle et l’a utilisée pour produire Soweto.

GRAUX tenant une plaque Billboard.
Avec la plaque de Soweto, qui a atteint la 5e place du classement Billboard U.S. Afrobeats Songs en mai 2023.

Une attaque irrégulière peut donner du caractère à une prise. Elle peut aussi gêner le rythme. Une note légèrement en retard peut te plaire dans une phrase et ne pas fonctionner dans une autre. Tout corriger automatiquement n’est pas plus pertinent que tout conserver au nom de l’imperfection.

Une imperfection n’a de valeur que par ce qu’elle apporte au morceau.

Ta signature se développe dans ces décisions. Dans ce que tu joues, ce que tu retires et ce que tu choisis de laisser tel quel. Elle peut être imitée. Elle ne garantit pas un placement. Mais elle donne une raison musicale de venir travailler avec toi, au-delà du logiciel que tu utilises.

Apprendre → S’exprimer → Maîtriser

Derrière une même ambition, vivre de sa musique, les difficultés peuvent être très différentes. Ne pas réussir à jouer une idée, ne pas savoir quoi en faire et ne pas savoir l’adapter à un artiste ne sont pas le même problème.

Le principe japonais du shu-ha-ri décrit une progression : assimiler les formes, les explorer, puis s’en affranchir. Je le transpose ici à la création musicale : apprendre, t’exprimer, maîtriser. C’est un repère pour réfléchir à ta pratique, pas une mesure scientifique de ton niveau.

Les 3 étapes répondent à 3 besoins différents. Apprendre à réaliser une idée. Trouver ce que tu veux exprimer avec ces acquis. Puis affiner ton son et l’adapter.

Tu ne passes pas de l’une à l’autre parce qu’un certain nombre d’années s’est écoulé. Tu progresses quand tu peux faire quelque chose que tu ne savais pas encore faire de manière régulière.

1. Apprendre : l’écart entre l’idée et le résultat

Au début, l’intention dépasse les moyens. La mélodie est claire dans la tête, mais les doigts ne la suivent pas encore. Une batterie paraît simple à l’écoute ; la reproduire révèle des décalages qu’on n’avait pas remarqués.

C’est ce que la JamMan m’a fait entendre. Pendant que je jouais, mon attention était prise par le geste. La réécoute me confrontait au résultat. Je pouvais enfin distinguer ce que je pensais exprimer de ce que j’avais réellement enregistré.

À ce stade, une explication précise, un exemple et le retour d’une personne expérimentée rendent les erreurs plus compréhensibles. La progression devient visible quand ce qui arrivait par hasard devient reproductible.

2. S’exprimer : la technique laisse de la place aux choix

Quand les gestes deviennent familiers, l’attention peut se déplacer. La question n’est plus seulement de réussir à jouer les notes. Leur place, leur durée et leur relation avec le reste du morceau prennent davantage d’importance.

En groupe, mon jeu ne dépendait pas uniquement de ce que mes mains savaient faire. Il dépendait de ce que j’entendais chez les autres. Une phrase qui fonctionnait seul pouvait prendre trop de place dans l’ensemble.

La technique donnait des possibilités. L’écoute déterminait lesquelles avaient un intérêt. C’est dans ces choix répétés que je reconnaissais progressivement ma manière de jouer.

L’expression se précise au contact de morceaux terminés et d’autres musiciens. Une intention peut être évidente pour celui qui joue et ne pas être entendue de la même manière par celui qui écoute. J’avais déjà rencontré cet écart avec mes premières boucles.

3. Maîtriser : savoir ce que le morceau n’a pas besoin d’entendre

Pendant longtemps, je pouvais jouer davantage que ce qui était utile à une production. La difficulté avait changé. Elle ne se trouvait plus seulement dans l’exécution, mais dans le choix de ce qui méritait de rester.

Circle tient sur 1 piste et 4 accords. Cette simplicité n’efface pas les années de pratique. Elle montre ce que j’ai choisi de ne pas ajouter.

Le changement d’accordage venait de mon expérience en groupe. Dans un autre contexte, cette habitude m’a permis de trouver une guitare différente. J’avais les moyens de l’explorer sans devoir réapprendre chaque geste.

C’est ce que j’entends ici par maîtrise : des compétences disponibles, une capacité d’adaptation et des choix plus précis. Les collaborations et les contraintes nouvelles continuent de révéler des limites. La maîtrise n’est pas la fin de l’apprentissage.

L’ambition ne décrit pas le point de départ

Dans un jeu vidéo, le personnage possède des compétences, un équipement et des ressources. Son objectif ne lui donne pas automatiquement les capacités nécessaires pour l’atteindre.

En musique, le décalage est moins visible. « Je veux placer chez cet artiste » décrit une destination. Cette phrase ne dit rien sur les morceaux déjà terminés, l’autonomie en studio ou la capacité à adapter un arrangement à une voix.

J’avais accumulé du jeu en groupe, des concerts, des boucles et des enregistrements. Chacune de ces expériences avait développé quelque chose de différent. Ensemble, elles expliquent mieux mon point de départ que le simple mot « guitariste ».

Les ambitions indiquent la direction. Les réalisations montrent le point de départ.

Un manque de technique, une difficulté à terminer et un manque de contacts ne demandent pas les mêmes ressources. Un tutoriel peut éclaircir un geste. Un collaborateur peut révéler un problème d’arrangement. Une guitare peut donner le point de départ d’un morceau. Aucun ne remplace automatiquement les autres.

C’est la place que peuvent prendre mes guitares et mon expérience : une ressource concrète dans le parcours d’un autre créateur. Ce parcours reste le sien.

L’IA peut entrer dans ce parcours. Elle ne rend pas mes années de pratique inutiles : elles ont développé ce que j’entends, ce que je retiens et ce que je suis capable de changer. C’est cette capacité de décision que je défends, au-delà de l’outil qui produit le son.

À toi de créer avec Circle

Je te propose de partir de la guitare originale utilisée dans Soweto. Tu peux l’écouter directement dans cette lettre et utiliser le téléchargement du lecteur pour accéder à Circle sur Water, avec ton compte.

La guitare est la même pour tout le monde. Les choix, eux, sont les tiens.

L’exercice est simple : termine une production à partir de Circle. Une batterie, un arrangement, une voix : fais entendre ce que cette guitare devient entre tes mains.

Ne cherche pas à refaire Soweto. Montre-moi ce que toi, tu entends dans cette guitare.

Soumets-moi ta version sur Water. Si tu la partages, identifie-moi ainsi que Water.audio pour que nous puissions la retrouver, en respectant les conditions d’utilisation de Circle.

Tu connais maintenant la guitare qui a donné naissance à Soweto.

À toi de me montrer ce que tu peux en faire.

Découvrir Circle