Je pensais qu’un placement était la victoire, j’avais tort.

Début 2021, ma guitare se retrouve sur un morceau avec Ninho, SCH et Soprano. Une mélodie enregistrée dans ma chambre, sur mon téléphone. À l’époque, je pensais que réussir, c’était ça : qu’un artiste choisisse ma musique.
Puis cette même guitare s’est retrouvée dans un autre morceau, à Porto Rico.
Une fois le morceau sorti, que peux-tu encore faire avec ce que tu as créé ?
1 guitare, 2 morceaux
J’ai passé tellement de temps à enregistrer cette guitare que j’ai failli ne pas l’exporter. C’est pour ça que je l’ai appelée « Battlefield ».
Dans La vie du Binks, elle arrive dès les premières secondes, avant les voix. Puis j’ai regardé les crédits : mon nom n’y était pas. Je suis repassé par RDS, le producteur avec qui j’avais travaillé. Il a contacté l’équipe et le crédit a été corrigé.
Être entendu et être crédité sont deux choses différentes.
Ma guitare était déjà dans le morceau. Mon nom, lui, a dû être ajouté.
Plus tard, des gens qui connaissaient mon travail m’ont signalé une guitare dans un autre morceau. J’ai écouté. La tonalité avait changé, le tempo aussi, mais je reconnaissais mon idée. C’était le remix de Hundreds, avec Arcángel et De La Ghetto.
Ce qui m’a marqué, c’est que je n’avais pas créé une nouvelle guitare pour ce deuxième morceau. C’était celle que j’avais enregistrée dans ma chambre.
Ce que j’avais apporté au morceau
Ma contribution tenait en trois gestes : composer la mélodie, jouer la guitare, enregistrer cette partie. D’autres avaient apporté la batterie, les voix et leur travail de production.
Un morceau rassemble plusieurs contributions. Comprendre ce que tu y as apporté, c’est le point de départ pour discuter de ton rôle et des conditions de son utilisation.
Avec les producteurs, je voulais clarifier une chose : voulaient-ils être les seuls à utiliser cet enregistrement de guitare, ou pouvais-je aussi le proposer à d’autres artistes ?
Je comprends qu’on ait besoin d’être payé maintenant. J’ai aussi accepté des choses sans mesurer ma valeur. Mais avant de dire oui, je veux comprendre ce que cet accord me laisse faire ensuite.
- Composition : la mélodie que j’ai écrite.
- Enregistrement : la prise de guitare jouée dans ma chambre.
Quelqu’un peut rejouer la même mélodie sans utiliser mon fichier audio.
Si tu es producteur, imagine que tu pars de cette guitare, que tu ajoutes ta batterie et que tu envoies la production à un artiste. Tu as ton propre travail à faire reconnaître, mais aussi une contribution d’un autre créateur dont tu dois connaître les conditions d’utilisation.
3 questions avant ton prochain accord
I. Qu’est-ce que tu as créé ?
Prends une collaboration en cours. Note ce que tu as réellement fait : composé la mélodie, joué un instrument, enregistré une partie, ajouté la batterie. Note aussi les éléments apportés par d’autres personnes : une guitare, une voix, un sample. Tu sauras ce qui vient de toi et ce qui doit être clarifié avec tes collaborateurs.
Avant de demander comment tu seras crédité, précise ce que tu as fait. Composer une mélodie, jouer une guitare et enregistrer une partie sont des contributions à nommer.
II. Qu’est-ce que l’autre veut utiliser ?
Est-ce le morceau complet, ton enregistrement de guitare ou la mélodie que quelqu’un veut rejouer ? Si l’artiste te demande une production exclusive, vérifie ce que tu peux lui proposer, y compris pour les éléments de tes collaborateurs. Le mot « exclusif » ne remplace pas cette discussion.
Quand tu parles d’exclusivité, précise de quoi tu parles : le morceau complet, ton enregistrement ou ta mélodie. Sans cette précision, vous pouvez croire être d’accord tout en parlant de choses différentes.
III. Qu’est-ce que tu veux pouvoir faire après ?
Je proposais mes guitares à plusieurs producteurs. Si tu vends tes instrumentaux sur ton site, la question est tout aussi concrète : après cet accord, pourras-tu continuer à les proposer aux autres personnes qui viennent les écouter ? C’est ce qu’il faut clarifier avant d’accepter.
Le nom de l’artiste te dit avec qui tu travailles. Il ne te dit pas ce que tu acceptes. Avant de dire oui, comprends ce que tu pourras encore faire avec ta contribution.
J’ai partagé cette vision avec les partenaires qui ont développé Water. Aujourd’hui, j’y propose mes guitares en tant que créateur, dans le cadre Royalty Fair.
Si tu utilises une de mes guitares dans ta production, la question n’est donc pas seulement de savoir si elle sonne bien. Il faut aussi comprendre ce que la licence qui accompagne ce fichier te permet de faire, et à quel moment un accord supplémentaire devient nécessaire.
Avant le prochain placement
Choisis une seule collaboration en cours et réponds à ces trois questions. Si une réponse manque, c’est le point à éclaircir avec ton interlocuteur avant de donner ton accord.
Je suis toujours fier de La vie du Binks. Mais voir la même guitare réapparaître dans Hundreds a changé ma façon de regarder un placement : ce n’était pas la fin de l’histoire de cette guitare. C’était une porte d’entrée.
Tu peux vendre tes beats, négocier un fee et poser tes conditions dès le départ. Ce modèle Royalty Fair te permet de préciser ce que tu autorises, de conserver les droits sur ta contribution et de transmettre ces conditions avec ta musique. Un cadre commun pour collaborer sans repartir de zéro à chaque échange.
Si le morceau atteint les conditions d’exploitation majeure prévues par la licence, un accord supplémentaire doit définir ta rémunération sur la composition et l’enregistrement, selon les droits que tu détiens. Génère ton modèle, complète l’œuvre concernée et fais accepter les conditions à tes partenaires.