Tu veux vivre de ta musique. Alors pourquoi personne ne l'entend ?
J'ai généré près d'un million de dollars avec des guitares que j'envoyais gratuitement. Voici comment j'ai construit ma distribution.

Tu veux vivre de ta musique.
Tu passes des heures à composer, enregistrer, perfectionner tes créations. Mais combien de personnes les ont réellement entendues cette semaine ? Combien de conversations as-tu ouvertes avec des artistes ou des producteurs ?
Tu attends peut-être d'avoir terminé ton prochain morceau. De signer avec un éditeur. De rencontrer un manager qui t'ouvrira les bonnes portes.
J'ai fait tout le contraire.
En 2020, pendant le confinement, j'étais dans ma chambre à Flohimont, en Belgique. J'avais ma guitare, mon ordinateur et mes idées.
Autour de moi, on parlait du chaos. De mon côté, je pouvais commencer à faire circuler ce que j'enregistrais. Alors j'ai commencé à poster mes guitares et à les envoyer moi-même.
Je n'ai attendu ni contrat, ni permission, ni qu'on m'ouvre les portes de l'industrie. Aujourd'hui encore, je n'ai ni manager qui me trouve des opportunités, ni maison d'édition qui distribue mon travail à ma place.
Les relations comptent. Je les construis directement avec les autres créateurs, en leur proposant ce que je sais faire.
Je n'ai pas attendu qu'on me donne une place dans l'industrie. J'ai créé la mienne.
Et je continue à faire écouter mes guitares gratuitement aujourd'hui.
Faire découvrir gratuitement sa musique n'est pas la même chose que donner gratuitement son travail.
Une des premières sélections que j'ai envoyées à un producteur contenait Sad Crab. Nous nous étions rencontrés à Miami, sur le toit de l'immeuble où je logeais. Il y avait une piscine, la vue sur la ville. Je découvrais cet environnement et j'étais impressionné.
On avait échangé nos numéros pour commencer à travailler ensemble. Je lui ai envoyé mes guitares. Il a accroché à celle-ci et l'a transmise à l'artiste, qui a écrit dessus et enregistré une démo dans une chambre d'hôtel.
Puis cette démo m'est revenue. Ma guitare, avec sa voix.
Cette guitare est devenue le point de départ de Ferxxo 100, de Feid, sorti en 2022.
Après réception de cette démo, les discussions sur ma rémunération ont commencé. Ils m'ont demandé ce que je demandais généralement, et j'ai donné une fourchette de prix. La démo confirmait l'intérêt musical ; les conditions restaient à convenir.
Si tu mets tout ce parcours dans la case « gratuit », tu ne vois plus les décisions qu'il contient : faire entendre une idée, essayer quelque chose ensemble, puis convenir de ce que chacun apporte.
1. Une création sur ton ordinateur ne rencontre personne
Tu peux continuer à améliorer une guitare que personne n'a encore entendue. Mais si ton objectif est de collaborer, un autre créateur doit pouvoir découvrir ce que tu apportes et y trouver une place pour son propre travail.
Dans la lettre précédente, je t'ai parlé de terminer ta contribution plutôt que de remplir tous les rôles. La suite consiste à la faire sortir de ta session.
Quand tu écris que tu es guitariste, l'autre connaît ton instrument. Une guitare lui fait entendre ton attaque, ta manière de placer les notes, l'espace après une phrase. Il peut commencer à imaginer une voix ou une batterie.
Avant ton prochain envoi, écoute le passage hors de ta session, sans ton explication à côté. Repère le moment où l'idée devient claire. Est-ce celui que tu lui fais entendre en premier ?
Si tu proposes une mélodie, une accumulation d'effets peut la masquer. Si tout est déjà rempli autour, l'autre doit chercher où sa propre idée pourrait entrer. Déplacer le début, choisir une autre prise ou retirer un élément peut suffire à rendre ta proposition plus claire.
Ton extrait est prêt quand quelqu'un peut entendre ce que tu apportes sans que tu doives lui expliquer tout ce que tu as fait.
Il reste alors une décision : qu'est-ce que tu lui remets avec cette écoute ?
2. Rendre ton travail accessible en choisissant les conditions
Écouter une guitare, recevoir les fichiers pour travailler avec et demander une nouvelle partie pour son morceau sont des étapes différentes. Les confondre peut t'amener à accepter du travail supplémentaire alors que tu voulais simplement présenter ta musique.
Une performance peut suffire pour faire entendre ton jeu. Pour essayer une voix sur une mélodie existante, il faut un support adapté à cet essai. Pour changer l'harmonie d'un couplet, il faut discuter de la nouvelle contribution attendue.
Avant l'envoi, termine cette phrase : « Je partage cet extrait pour que cette personne puisse… »
Entendre mon jeu. Choisir entre 2 directions. Essayer une voix. Me dire si cette mélodie correspond au projet.
La réponse t'aide à choisir le matériau utile. Un lien d'écoute ne t'engage pas à réenregistrer gratuitement 3 versions dès que la personne répond.
C'est là que je place mon indépendance : proposer directement ma musique et décider avec l'autre de ce que nous allons faire. Je veux aussi que mon nom reste associé à ce que j'ai créé.
Quand le projet avance, il faut clarifier ce qui sera utilisé, les contributions de chacun et les conditions de la collaboration. La simplicité du premier échange n'est pas une raison pour laisser ces questions à la supposition.
Tu facilites la rencontre. Tu gardes la possibilité de choisir la suite.
3. Faire avancer l'écoute vers un projet concret
Quelqu'un aime ta musique. Tu le remercies. Puis vous attendez tous les 2.
Le compliment ne dit pas encore où ta guitare pourrait aller. Avec Sad Crab, le retour de la démo m'a donné une information qu'un compliment n'aurait pas donnée : j'entendais une voix sur ma guitare. Il y avait une direction musicale à partir de laquelle poursuivre.
Tu peux chercher cette information avant de recevoir un morceau. « Qu'est-ce que tu imagines créer avec cette mélodie ? » ouvre une autre conversation que « Tu aimes ? »
Supposons qu'un producteur aime ton jeu mais trouve la guitare trop chargée pour son couplet. Tu peux lui demander le passage, écouter la place de la voix et comprendre ce qu'il souhaite garder. Vous saurez si vous parlez d'utiliser une partie existante, de l'adapter ou d'en créer une nouvelle.
Ta proposition commerciale devient alors compréhensible : le travail prévu, les fichiers remis, le prix et les conditions à convenir répondent à un besoin musical identifié.
Et s'il n'y a pas de projet maintenant, tu l'apprends aussi. Tu peux garder la relation sans commencer une commande imaginaire ni envoyer tout ton catalogue pour obtenir une réponse différente.
Une suite concrète se décrit par ce que chacun va faire : essayer un passage, préciser une partie, revenir sur un morceau identifié. L'enthousiasme du dernier message ne suffit pas à la définir.
Prépare ton prochain envoi
La guitare Senorita, disponible ici sur Water, peut servir de point de départ. Qu'est-ce que tu y entends ? Une voix, une batterie, une manière de faire avancer le morceau ? Nomme cette idée en 1 phrase assez précise pour qu'un autre créateur puisse la comprendre.
Puis choisis une de tes créations et le passage qui représente ton apport.
Identifie 5 artistes, producteurs ou songwriters pertinents pour cette création. Écoute leur travail récent. Pour chacun, note ce qui te fait penser à lui : une place pour ton jeu, une direction mélodique qu'il explore, un projet dont il t'a parlé. Si ta seule raison est qu'il est connu, continue à chercher.
Pour chaque personne, prépare 1 extrait ou support d'écoute adapté, 1 phrase qui explique pourquoi tu lui proposes cette idée et 1 question musicale. Par exemple, si elle t'a parlé d'un projet : « Tu imagines cette guitare dans cette direction, ou tu cherches autre chose pour ce morceau ? »
Décide ce que tu chercheras dans sa réponse : un passage à essayer, un besoin à préciser, une partie à adapter. Si un nouveau travail est demandé, définissez la contribution et ses conditions avant de le commencer.
Tu termines avec 1 création choisie, 5 destinataires pertinents, tes envois préparés et une prochaine action à rechercher dans chaque échange.
Après tes envois, distingue ce qui s'est réellement passé : une réponse, une idée de collaboration, une demande précise, une proposition acceptée. Une écoute n'est pas encore une commande. Mais elle peut te permettre de comprendre quel travail quelqu'un souhaite faire avec toi.
Ta distribution commence là : quand tes créations trouvent des personnes avec qui parler de ce qu'elles peuvent devenir.
La dernière fois que quelqu'un a aimé ta musique, qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?
GRAUX
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