Comment produire ta musique intelligemment
Finir tes prods te coûte des placements. Un cadre en 3 étapes pour devenir redoutablement efficace.

Tu veux vivre de ta musique.
Alors tu produis. Tu trouves une mélodie, tu poses des drums, tu cherches une basse, puis tu travailles l’arrangement. Il faut que ça sonne, que tout soit en place, que le morceau soit prêt pour un artiste.
Mais dans tout ce que tu viens de faire, qu’est-ce que tu avais vraiment envie de créer ?
Il y a peut-être un groove que tu pourrais écouter pendant des heures. Une texture de synthé qui te plaît vraiment. Puis tout ce que tu as ajouté parce qu’il fallait bien finir la prod.
À force de vouloir tout terminer seul, tu peux finir par fermer des possibilités de collaboration. Tu as déjà choisi la batterie, l’ambiance et la place de la voix avant de savoir ce qu’une autre personne aurait entendu dans ton idée.
C’est dans ce sens que finir tes prods peut te coûter des placements. Pas parce qu’un morceau terminé serait mauvais, mais parce que terminer la chanson n’est pas toujours le meilleur usage de ce que tu sais déjà faire.
Dans ma chambre à Flohimont, j’avais ma Gretsch et une idée de guitare. J’ai passé la grosse corde en ré, un accordage que j’utilisais en jouant du rock et du blues. Puis j’ai joué 4 accords et un petit motif qui revenait.
Cette guitare s’appelle Circle. Je l’imaginais plutôt dans un univers trap. Tempoe en a fait autre chose avec Victony : Soweto.
Je n’avais pas créé toute la chanson. J’avais créé ce que je pouvais y apporter.
1. Partir de ce que tu maîtrises et aimes déjà faire
Tu n’as pas besoin de savoir tout produire pour avoir quelque chose à proposer. Tu as besoin de reconnaître la plus petite chose que tu maîtrises déjà et que tu prends plaisir à faire.
Ça peut être un groove de drums. Une ligne de basse. Une mélodie. Même une manière de choisir et de faire dialoguer des sons.
Le point de départ, ce n’est pas la liste de tout ce qu’il te manque. C’est ce que tu peux réellement apporter aujourd’hui, avec tes compétences actuelles. Le reste, tu le développeras progressivement.
De mon côté, j’avais accumulé des années de guitare, de jeu en groupe et d’écoute. Quand j’ai commencé à mettre mes enregistrements en ligne pendant le Covid, c’est de là que je suis parti. Une guitare, mon ordinateur et ce que j’aimais jouer.
La guitare de Circle porte déjà une intention : les accords, le motif, les attaques. Ce point de départ peut inspirer quelqu’un sans lui imposer toute la chanson.
Tu termines ta contribution avec toute ton attention, sans te sentir obligé de remplir tous les autres rôles.
Dans un groupe, un guitariste peut travailler son jeu sans décider de chaque coup de caisse claire du batteur. Il écoute ce que les autres proposent, il s’adapte, et quelque chose apparaît entre eux. La production peut fonctionner comme ça aussi.
« Je sais ce que j’aime et ce que je n’aime pas »
Savoir ce que tu aimes ne remplace pas le travail. Ça te permet de savoir où mettre ton attention. Si ton plaisir est dans le groove, tu peux passer du temps sur le placement de tes drums, les silences, les accents, au lieu d’ajouter une mélodie uniquement pour présenter une prod complète.
2. Trouver avec qui jouer
Dimanche, pendant la session, je donnais cet exemple à BBL : une production peut contenir plusieurs points de départ. Tu peux séparer les drums et la mélodie, et ouvrir des collaborations différentes à partir de chacun.
Si ton groove est fort, il peut intéresser quelqu’un qui fait des mélodies que tu aimes. Si c’est ta mélodie qui porte l’idée, elle peut donner envie à un autre producteur d’y mettre ses drums. Tu n’as pas besoin d’attendre que tout soit réuni dans le même fichier pour commencer à jouer avec quelqu’un.
Mais avant de chercher cette personne, il y a un moment pour créer. Puis un autre moment pour écouter ce que tu as créé et réfléchir à sa destination.
Quel style ? Quelle ambiance ? Quelles textures ? À qui ça pourrait parler ?
Pour Circle, je n’avais pas imaginé le résultat de Soweto. J’ai mis cette guitare en vente sur ma plateforme. Tempoe l’y a trouvée et achetée, puis il l’a utilisée pour produire le morceau avec Victony. Ma plateforme a rendu cette rencontre possible : elle a relié ma création au producteur qui lui a donné cette nouvelle direction. Ce qui m’intéresse dans cette histoire, c’est précisément ce que je n’avais pas prévu : une autre personne a entendu une possibilité différente dans ce que j’avais fait.
La guitare reste reconnaissable, mais elle vit avec une voix, une basse, des percussions, une autre manière de faire avancer le morceau. Ma contribution n’avait pas besoin de contenir ces décisions pour leur donner envie d’en prendre.

À ton niveau, cette recherche peut commencer par les artistes dont tu aimes l’univers. Tu regardes leurs crédits, les producteurs avec qui ils travaillent, ce que ces personnes créent elles-mêmes. Tu écoutes où ta spécialité pourrait avoir une place.
En avril 2026, lors de Grammy U à New York, Alissia encourageait aussi les créateurs à élargir leur réseau et à prendre contact directement. Elle y présentait notamment le travail autour de Hypnotic Night, avec Nile Rodgers et EARTHGANG : une occasion de parler de production à travers une collaboration réelle.
De mon côté, je regardais aussi les relations en commun. Je saluais la personne et je proposais mes guitares si elles pouvaient lui être utiles. Parfois, c’était déjà un client. Parfois, une nouvelle relation. Le point de départ restait ce que je pouvais apporter à sa musique.
Pour préparer ton premier échange, tu peux déjà nommer cet apport : un groove dans cette ambiance, une guitare avec cette texture, une basse pour ce type de morceau. Tu sais ce que tu proposes et pourquoi tu penses à cette personne. C’est plus concret que d’envoyer tout ton dossier en espérant qu’elle y trouve quelque chose.
3. Donner une suite à ta contribution
Il reste une question avant l’envoi : qu’est-ce qui peut se passer ensuite avec ce que tu proposes ?
Dans la session de dimanche, je parlais de ces créations qui restent dans un ordinateur. Tu peux avoir fait quelque chose que tu aimes, l’avoir partagé, puis te retrouver à attendre une personne qui n’en fait rien.
Battlefield, la guitare utilisée dans La vie du Binks, a ensuite connu une autre vie dans Hundreds. Je t’ai raconté ce parcours dans la lettre sur ce qui reste après un placement. Ce que je veux en garder ici, c’est qu’une première utilisation ne résume pas forcément tout ce qu’une création peut devenir.
Ça dépend aussi de ce que tu as accepté. Si tu as promis une exclusivité, tu ne peux pas te comporter ensuite comme si tu ne l’avais pas donnée. Et si tu veux conserver certaines possibilités, elles doivent être comprises dans l’échange.
Avant de transmettre ton fichier, il y a donc des choses simples à rendre claires : ce que tu apportes, comment ton nom restera associé à ce travail et les utilisations que vous envisagez. Un essai ensemble, un envoi à un artiste, une sortie : ce ne sont pas forcément les mêmes accords.
Mettre ton nom derrière ta contribution commence aussi dans ce que tu remets : un fichier identifiable, tes coordonnées et des conditions compréhensibles. Ça ne remplace pas les accords nécessaires. Ça évite déjà de faire circuler ton travail comme s’il ne venait de personne.
Créer, viser, signer. Ce sont les mêmes principes, mais appliqués à une décision très concrète : ce que tu vas proposer à quelqu’un, maintenant.
Ce que tu peux déjà mettre en circulation
Quel élément est-ce que je maîtrise et que j’aime assez pour y mettre toute mon attention ? Avec qui pourrait-il vivre, et pourquoi cette personne ? Qu’est-ce qui doit être clair pour que ma contribution circule en restant identifiable ?
Si tu as un groove que tu aimes, tu peux le travailler comme un vrai apport musical, choisir quelqu’un dont les mélodies te parlent et préparer cet échange. Tu n’as pas à lui fabriquer une mélodie moyenne pour prouver que tu sais aussi faire le reste.
La guitare de Circle, disponible à l’écoute dans cette lettre, montre ce point de départ. Une contribution peut être précise et reconnaissable tout en laissant une place réelle à d’autres musiciens.
Tu as alors 1 contribution prête à partager, 1 personne à qui la proposer et les conditions de cet échange à clarifier.
Tu n’as pas besoin d’avoir terminé toute la chanson pour préparer cet échange. Tu as besoin de savoir ce que tu apportes, pourquoi tu le proposes à cette personne et ce que vous devez encore clarifier ensemble.
- Sébastien
Génère ta licence
Royalty-Fair pose un cadre simple pour créer ensemble, créditer chacun dès le départ et prévoir le partage si le morceau prend de l’ampleur
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