Créer. Viser. Signer.

Tu n'as pas besoin d'attendre un contact pour commencer. Tu as besoin de ces 3 choses.

Créer. Viser. Signer.

Quand j’ai commencé à poster mes compositions en ligne, je n’avais aucun contact.

Je créais depuis ma chambre, dans un village de 200 habitants. À cette époque, je n’avais ni matériel sophistiqué, ni grand studio, ni connaissance du secteur, ni piston. Juste un ordinateur, une guitare, une passion pour ce que je créais et une connexion Internet.

C’est peut-être cela qui m’a donné la force d’être assez fou pour croire que si j’aimais ce que je faisais, ça pourrait plaire à d’autres gens dans le monde.

Alors j’ai commencé à poster mes premières mélodies de guitare en ligne, en 2020.

J’ai rapidement constitué une petite mailing list. Je me présentais tout simplement, en m’efforçant d’offrir de la valeur : à ce stade, personne ne me connaissait.

Cela a donné naissance aux premières collaborations internationales, puis à mon premier client payant en 2020.

J’ai trouvé ça puissant.

Le fait de pouvoir collaborer avec n’importe qui sur la planète depuis ma chambre était un véritable luxe. C’était tout à fait aligné avec ma vision : faire ce que j’aime tout en gardant ma liberté.

Ensuite sont arrivés mon premier placement avec 7 rappeurs majeurs en France et ma première nomination aux Grammy Awards américains, en 2021, pour ma coproduction d’un morceau sur l’album de Farruko.

3 ans plus tard, j’avais généré 3 milliards de streams, reçu 3 nominations aux Grammy Awards et participé à plus de 500 sorties.

Alors, comment j’ai fait cela ? Était-ce vraiment de la chance, ou bien un alignement de compétences que je n’avais moi-même pas encore pris la peine d’analyser ?

Peut-être que tu rêves de vivre de ta musique. Ou de voyager librement en créant. Ou de créer des connexions qui ont du sens dans ta vie. Ou encore de contribuer aux projets d’artistes que tu admires.

Si c’est le cas, alors cet article est pour toi.

Au cours de ces 5 dernières années, j’ai identifié 3 problèmes qui me semblent être les principales barrières entre un créateur talentueux qui reste bloqué dans sa chambre et un créateur qui arrive à vivre de sa musique : créer uniquement pour être choisi, envoyer sans savoir ce qu’on apporte et laisser son travail circuler sans rester identifiable.

Cela concerne aussi les chanteurs, les auteurs, les compositeurs, les musiciens et les beatmakers. Pas seulement les producteurs.

À la fin de cet article, tu sauras laquelle de ces 3 étapes constitue ton plus gros frein et sur quoi te concentrer pour avancer vers tes objectifs.

1. Créer

Tu as déjà remarqué que plus tu veux quelque chose, plus cette chose semble t’échapper ?

Il y a une grosse différence entre imaginer ton futur et mettre tout en place pour y arriver, sans chercher à contrôler chaque résultat, et t’investir émotionnellement dans un objectif au point de ne plus t’écouter.

Dans un cas, ton ambition te pousse à créer. Dans l’autre, elle finit par étouffer la passion et l’amour qui t’ont donné envie de créer au départ.

Tu ne joues plus ce qui te plaît. Tu joues ce que tu crois nécessaire pour être choisi.

Ces 2 mécanismes sont opposés. Et ils donnent des résultats très différents.

Dans mon cas, j’ai eu la chance de ne pas avoir conscience du pouvoir que j’avais au tout début. Malgré toutes ces années à jouer dans un groupe, je ne me rendais pas encore compte de la puissance de ma guitare.

Je ne m’étais pas aperçu que mon mode de fonctionnement était déjà assez détaché pour me permettre de placer.

Quand j’enregistrais une guitare, je ne pensais pas à un artiste et à la voix d’un artiste dessus.

Je pensais simplement à faire quelque chose de musical qui me ressemble et qui me plaise.

C’était aussi simple que ça.

Je me disais :

Si je peux essayer une guitare dans ce style et que ça me plaît, ce sera déjà une victoire.

A posteriori, je me rends compte qu’en acceptant de créer dans le moment présent sans essayer de contrôler le résultat final, cela a donné naissance à mes plus gros succès.

Ferxxo100. Soweto.

2 morceaux qui sont partis d’une création que j’aimais avant même de savoir où elle allait finir.

« Le public vient en dernier. »

Rick Rubin, 60 Minutes (traduction).

Créer quelque chose que tu aimes passe ici avant le choix du destinataire. Tu auras le temps de viser ensuite. Les contraintes d'une collaboration réelle pourront faire évoluer le morceau ; les attentes d'un interlocuteur imaginaire ne doivent pas décider de tous tes choix avant même la rencontre.

L’expérience va te faire accumuler les compétences nécessaires. Ensuite, la vraie étape est de pouvoir choisir ce qui ne fait pas partie de ce son et qui n’est pas utile à ce son.

Retirer tout le superflu. Garder uniquement ce qui fait que tes choix sont uniques et créent ta signature.

Une attaque. Un accordage. Une manière de laisser respirer la voix. Ces choix donnent aux autres une raison de venir chercher ce son chez toi.

Il faut accepter que c’est ta force et en être fier.

J’ai développé ce point dans la lettre 002. Ici, on passe à la suite.

Pour le mettre à l'épreuve : ouvre une de tes dernières sessions. Retire un élément ajouté pour ressembler à une référence. Réécoute. Est-ce que le morceau perd quelque chose d'essentiel, ou est-ce que tu entends mieux l'idée qui te plaisait au départ ?

2. Viser

Une fois que tu as créé un catalogue de pièces qui te plaisent suffisamment, tu peux commencer à te demander :

À qui puis-je envoyer ces audios pour que cela ait du sens et crée de la valeur pour eux ?

Pour quels producteurs ? Pour quels artistes ? Pour quels créateurs, finalement ?

Je dirais 50 pièces audio comme repère pour constituer cette réserve. Ce n’est pas un seuil qui autorise à contacter quelqu’un : l’intérêt est d’avoir assez de choix pour proposer une création pertinente.

Dans mon cas, très rapidement, quand j’écoutais un morceau, je scannais les crédits pour voir les équipes créatives derrière et je me renseignais sur les personnes avec qui l’artiste travaillait.

Son ingénieur son. Son producteur. La personne qui écrit ses paroles. Son manager. Son meilleur ami.

Chaque relation était une potentielle porte vers l’artiste, mais également une manière d’amener de la valeur à cet artiste ou au créatif en question.

Ensuite, j’essayais de comprendre non seulement l’univers de l’artiste de manière superficielle, mais la théorie musicale qui se cachait derrière.

Quelle suite d’accords préfère-t-il ? Quel tempo ? Quelle tonalité ? Quels sont ses 3 plus gros hits ? À quelle date sont-ils sortis ? Quel était le contexte autour de ces hits ? Quelles équipes les ont propulsés ? Quels choix artistiques reviennent ?

Cela me permettait d’avoir une vue plus globale sur les choix artistiques de l’artiste et les choix de son entourage. Et de comprendre qui étaient les décideurs dans sa carrière.

Puis cela me permettait d’estimer l’appétit pour le risque de l’artiste et de proposer des choses à la limite de ce qu’il faisait, mais qui pouvaient être la prochaine étape intéressante.

J’ai trouvé les producteurs derrière mes morceaux préférés. Et ensuite je me suis rendu compte que certains étaient déjà des acheteurs sur mon site, car j’avais la chance d’avoir un certain trafic.

La relation était déjà née naturellement.

Mais il n’y a aucun problème à entamer une conversation depuis zéro. Un message pertinent laisse à l’autre la possibilité d’écouter ou de décliner.

Les outils d'analyse assistés par IA facilitent aujourd'hui une partie de ce travail, notamment le repérage du tempo, de la tonalité et des accords. L'écoute reste nécessaire pour comprendre ce que ces caractéristiques produisent ensemble.

Sur Water, nous envisageons des ADN artistiques : des repères associant tempo, tonalité, caractéristiques musicales et tags, avec une recherche par univers d'artiste. Ce serait une prochaine étape après validation du parcours actuel de création et de collaboration. C'est une direction envisagée, pas une fonction disponible annoncée ici.

Et c’est là qu’il faut comprendre le rôle de l’autre dans l’écosystème créatif. Est-ce que c’est un beatmaker, un compositeur, un musicien, un auteur-interprète ? Qu’est-ce que tu peux lui apporter qu’il ne sait pas faire ? Comment peux-tu être complémentaire par rapport à ce qu’il sait déjà faire ?

Un beatmaker peut avoir une batterie, une basse et une structure qui fonctionnent, mais chercher une idée mélodique qui lui donne envie de construire un morceau. Un chanteur peut entendre une ligne vocale sur une guitare que tu n'aurais jamais imaginée.

Le beatmaker peut construire autour de ta mélodie. Le chanteur peut y poser une voix. Ils ont une raison d'écouter parce qu'ils entendent quelque chose à faire avec ce que tu leur envoies.

Une idée mélodique, une instrumentale et une ligne vocale sont des points de départ complémentaires vers un morceau.
Des points de départ complémentaires. Le schéma décrit des types d'audio, pas des cases dans lesquelles enfermer les créateurs. Une même personne peut composer, produire et interpréter. « Sans rythme » désigne ici l'absence de batterie : une mélodie possède bien son rythme, et un morceau peut rester instrumental. Touchez l'image pour l'agrandir.

Si tu proposes exactement ce que la personne sait déjà faire, elle a moins de raisons de modifier ses habitudes. Elle travaille peut-être déjà avec un proche, un artiste qu'elle accompagne ou un créateur avec lequel un accord existe.

Tu n'as pas besoin de devenir meilleur qu'elle dans tout. Tu as besoin de savoir ce que ton travail ajoute au sien.

Le message peut tenir en quelques lignes :

J'ai écouté ton nouveau projet. J'ai une guitare qui pourrait apporter quelque chose de différent à cet univers. Si tu veux, je te l'envoie.

Un message pertinent laisse à l'autre la possibilité d'écouter ou de décliner. Il ne garantit pas de réponse. Mais il explique pourquoi tu t'adresses à cette personne.

Créer librement d’abord. Puis regarder ton catalogue et décider à qui chaque idée peut réellement servir.

Ne force pas une idée sur quelqu’un pour qui elle n’est pas pertinente.

Envoie peu. Envoie uniquement des créations que tu assumes à 100 %. Et sache exactement ce que tu amènes sur la table.

Pour le mettre à l'épreuve : choisis 3 artistes et regarde les crédits de leurs 3 morceaux que tu connais le mieux. Repère les collaborateurs qui reviennent. Pour l'un d'eux, choisis une pièce de ton catalogue et écris en 1 phrase ce qu'elle pourrait lui permettre de créer. Si tu ne peux pas expliquer ce lien, le choix mérite encore du travail.

3. Signer

Une idée intéresse quelqu'un. Le fichier commence à circuler.

La personne qui l'a reçu connaît peut-être ton nom. Celle à qui elle le transmet ne te connaît pas forcément. Si le fichier quitte votre conversation, il peut aussi perdre le message qui expliquait qui tu étais et ce que tu avais joué.

Ton nom de créateur te rend identifiable. Même si tu n’es pas encore spécialement confiant sur ton nom, assure-toi que la personne en face le voit et comprend comment t’appeler.

Tu simplifies les choses pour elle. Elle sait comment faire référence à toi.

Moi, par exemple, je mettais toujours mon nom dans le fichier de guitare. Comme ça, la personne voyait mon nom en premier.

Quand le fichier circule sans toi, ce nom permet de te retrouver. La session originale, les versions et les échanges permettent ensuite de comprendre ce que tu as apporté.

C'est aussi ce que je veux retrouver sur Water : une contribution reliée à sa source et à son créateur. Le renommage automatique des fichiers fait partie de cette volonté de rendre l'identification plus simple.

Rester dans la boucle

Recevoir le bounce avec la voix de l’artiste. Recevoir la version modifiée avec un ajout ou une modification. Rester connecté.

Tout le monde parie sur le morceau. Personne ne sait s’il va fonctionner, même avec les efforts marketing et le réseau de l’artiste ou de son équipe.

Rien n’est assuré pour personne. Mais cette incertitude n’empêche pas de poser un cadre écrit. Rester dans la boucle permet de discuter de ta contribution au projet réel, avec ses évolutions.

Pour un premier échange, un export stéréo suffit à faire entendre l'idée. Les multipistes peuvent attendre que le projet et leurs conditions d'utilisation soient clarifiés. Joindre les conditions prévues pour l'envoi permet d'en parler avant que chacun ne parte avec une interprétation différente.

Comprendre ce que tu apportes

Il faut distinguer la composition et l'enregistrement.

La composition, c'est l'œuvre musicale : notamment la mélodie et les paroles, lorsqu'il y en a. L'enregistrement, c'est la fixation sonore d'une interprétation. La même composition peut donner lieu à plusieurs enregistrements.

Un audio réunit une composition et un enregistrement. Les contributions à l'œuvre et au master doivent être distinguées.
La composition et l'enregistrement sont distincts. Les rôles illustrés aident à comprendre les contributions ; ils ne déterminent pas automatiquement la propriété ni un pourcentage de redevances.

Si quelqu'un reprend une composition en la rejouant, il crée un autre enregistrement. Cela ne fait pas disparaître, à lui seul, la contribution à l'œuvre d'origine. À l'inverse, utiliser ta prise implique aussi de considérer les droits sur cet enregistrement.

C'est pour ça que conserver la session et la prise originale compte. Ton nom dans le fichier aide à te retrouver. Les éléments conservés aident à établir ce que tu as réellement créé.

J’ai été dans des batailles juridiques. La réalité est beaucoup plus complexe qu’un nom ou une date sur un fichier. Un horodatage seul ne suffit pas à rendre une contribution identifiable et vérifiable lorsqu'elle est contestée. Il faut pouvoir relier une personne, un travail précis et des éléments qui permettent d'en retracer l'histoire.

La lettre 001 revient sur ce que le placement change, et ne change pas, pour ta composition et ton enregistrement.

Savoir ce qui est permis

Un fichier peut être facile à partager et ses conditions difficiles à retrouver. Le nom permet de retrouver le créateur. La licence permet de savoir ce qu'il a autorisé.

C'est le principe du cadre Royalty-Fair : tu peux créer avec l'audio, vendre tes nouvelles créations et conserver 100 % des recettes de ces ventes ou licences, en transmettant les crédits et les conditions. Cela ne dispense pas toute exploitation ultérieure du morceau d'un partage.

La licence prévoit 3 déclencheurs : 1 000 000 d'écoutes réelles cumulées du même enregistrement final, une sortie avec un artiste majeur établi, ou une sortie soutenue par un label ou une société de production professionnelle ayant affecté un budget à cette sortie. Dans les 2 derniers cas, l'accord est requis avant la sortie.

L'édition, les redevances de l'enregistrement et un éventuel cachet restent distincts. Payer un service ou un accès au catalogue ne remplace pas cet accord et ne transfère pas, à lui seul, la propriété de la musique.

Le texte complet du cadre Royalty-Fair précise les délais, les exceptions et les conditions du partage. Pour ton projet, c'est la licence acceptée qui accompagne l'audio qu'il faut conserver avec le fichier.

Pour le mettre à l'épreuve : prends le dernier fichier que tu as envoyé. Hors de votre conversation, peut-on savoir qui l'a créé, te contacter et retrouver les conditions de son utilisation ? Complète ce qui manque et conserve les éléments d'origine.

Créer. Viser. Signer.

Créer quelque chose qui te plaît vraiment.

Viser les personnes pour lesquelles cette création peut avoir de la valeur.

Signer ta contribution pour rester identifiable, rester dans la boucle et pouvoir ensuite clarifier ton crédit, tes droits et ta rémunération.

Ces 3 étapes te donnent une structure pour distribuer ton travail et les moyens de faire reconnaître ta contribution. Elles ne garantissent ni placement ni reconnaissance.

Le but de cet article n’est pas de te faire un cours complet sur comment monétiser ta musique. Le but est de te donner les moyens de ne pas être laissé sur le côté si le projet rencontre du succès.

Maintenant, ne reste pas avec la théorie.

Choisis une de mes guitares dans le catalogue Water. Choisis celle que tu aimes vraiment.

Puis pose-toi une seule question :

Qu’est-ce que moi, je peux apporter à cette guitare que GRAUX n’a pas déjà apporté ?

Crée cette contribution. Relie-la à l’audio d’origine avec ton identité et ton rôle, puis envoie-la-moi depuis le bouton « Submit » sur mon profil.

C’est l’étape Viser : tu connais le créateur de la source et tu peux lui faire entendre ce que tu y apportes.

Et montre-moi ce que tu apportes.

Créer. Viser. Signer.

- Sébastien

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